Sport et littérature 
Par Éric Cénat

Au sein du théâtre de l'Imprévu, à travers divers projets, j'ai souhaité dresser un pont entre sport et littérature, entre sport et Histoire, en reliant ainsi les grands exploits des athlètes aux belles pages des écrivains, en replaçant le fait sportif dans un contexte historique précis.

De 1999 à 2003, le Théâtre de l'Imprévu a ainsi donné à travers la France plus de soixante représentations du spectacle : Les Forçats de la route Tour de France 1924 (mise en scène Jacques David avec Éric Cénat et Frédéric Maurin) d'après les chroniques d'Albert Londres dans Le Petit Parisien.

Pour succéder à la verve et l'intensité dramatique de la plume d'Albert Londres, j'ai ensuite pensé, en tant que lecteur assidu de littérature vélocipédique et du journal... L'Equipe, à Antoine Blondin qui symbolise par sa personnalité peu conventionnelle ce que je cherchais : à savoir une retranscription parfaitement subjective du fait sportif où se mêlent humanisme et humour... Fin connaisseur de l'auteur d'Un Singe en hiver et de Monsieur jadis, lui aussi amoureux transi de la petite reine, l'écrivain Patrice Delbourg ma rejoint en 2003 dans une nouvelle aventure sportivo-littéraire (ou littéraro-sportive !) en rédigeant diverses évocations de l'ami Antoine qu'il a côtoyé à maintes reprises . Est née ainsi le concept du spectacle bien nommé L'ironie du sport.

Travaillant régulièrement depuis 2007 en République Tchèque, je me suis forcément intéressé aux grands symboles du sport tchèque. Peu porté par mon éducation française vers le hockey ou le floor ball, mon attention s'est rapidement orientée sur deux figures incontournables : le footballeur Antonin Panenka et le coureur de Fond Emile Zatopek. Si j'ai rencontré, par le plus grand des hasards, le premier à Prague, le second s'est présenté à moi par ce magnifique livre de Jean Echenoz : Courir. L'auteur dresse ici un portrait des plus touchants de cet homme à la fois simple et exceptionnel, à la foule infatigable, saccadée et déhanchée : "la locomotive humaine", tel était son surnom ! Mais c'était avant tout un acteur de son temps qui a connu, sans jamais perdre son âme, l'invasion allemande, la libération et l'oppression soviétique, un atlète qui, par plaisir, par orgueil, par acharnement, a atteint l'Olympe.

Éric Cénat - Metteur en scène et comédien