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Le Peu du Monde

Création 2022
Spectacle Gréco-Français/Franco-Grec

Poésie, musique, images animées.

 

 

Deux ans après sa disparition, la compositrice grecque Sophia Alexandrou, le plasticien tchèque Vojtech Janyška et le metteur en scène orléanais Éric Cénat unissent leurs arts pour célébrer cette figure emblématique de la poésie grecque. Lauréate du Prix européen de Littérature, Kikí Dimoulá a marqué la scène poétique de son pays. Dans son répertoire, Le peu du monde a une place toute particulière. Écrite en 1971, traduite en plusieurs langues, cette œuvre lui a apporté une notoriété mondiale. Elle y dépeint le temps qui passe, la vie quotidienne, la solitude dans un ton doux-amer. Son regard si singulier résonne encore aujourd’hui. Pour illustrer ce texte intemporel, les 3 artistes européens entremêlent, sur scène, création musicale au piano, voix françaises et grecques parlées ou chantées, et projections animées de peintures à l’aquarelle. Une manière pour eux de redonner vie à cette œuvre et de la rendre éternelle.


 

Des intention artistiques

J’ai reçu la poésie en héritage… mon grand-père, Lucien, en était férue et moi le réceptacle émerveillé de sa passion des mots.   Les poètes m’ont entouré de leur bienveillance, m’ont apporté un souffle et un sens à l’existence, m’ont transmis un autre regard au monde, m’ont confié leurs baumes cicatrisants…Je leur dois beaucoup. Pour exprimer ma reconnaissance à leur égard, dès la création du Théâtre de l’Imprévu, j’ai souhaité les mettre en majesté, qu’ils soient au cœur de ma démarche artistique…

 

Robert Desnos et Blaise Cendrars, poètes de chevet, ont été très souvent à l’honneur dans notre répertoire. Nous avons fait quelques bouts de chemin avec Jacques Prévert, Boris Vian et Max Jacob, pris la route du Chili avec Pablo Neruda. Notre collaboration fructueuse avec l’auteur Patrice Delbourg nous a conduits à sortir de l’ombre quelques poètes désemparés sans pedigree ni chapelle (Ghérasim Luca, Roger Kowalski, Francis Giauque…).

Depuis 2017, je travaille en collaboration avec les Instituts français de Grèce (Athènes, Patras, Larissa, Thessalonique) notamment pour former les professeur·es de français à la lecture à voix haute. Je m’appuie sur les écrits de mes poètes de prédilection en référence à la francophonie. Mes échanges avec les enseignant·es m’ont toutefois permis, au fil de mes séjours, d’appréhender la poésie grecque : celle surréaliste de Odysseas Elytis, celle mi insolite-mi insolente de Nanos Valaoritis, celle entre ombre et lumière de Georges Séféris… toutes nourries d’une histoire du XXème siècle où chaos politique et crises sociétales/économiques se sont succédés, où les mythes fondateurs ne sont jamais loin...

Poésie et musique vont souvent de pair en Grèce. Le duo Elytis/Theodororakis en est la parfaite illustration. Ce n’est donc pas le fruit du hasard si l’œuvre de Kiki Dimoulá a été portée à ma connaissance par la musicienne Sophia Alexandrou. Sophia et moi avons travaillé en duo piano-voix à l’Institut français d’Athènes en nous appuyant sur une poésie francophone d’hier et d’aujourd’hui. Mais pour nous renouveler, nous étions en quête d’une autre voix… Sophia a alors évoqué sa poétesse favorite dont la disparition récente lui laisse un grand vide : Kikí Dimoulá. Force là aussi d’une poésie transgénérationnelle : voilà donc une jeune compositrice de 20 ans à l’avenir prometteur touchée par les mots d’une poétesse d’âge mûr, toujours en équilibre au-dessus du vide, inspirée par l’usure du temps…

Les poèmes de Kikí Dimoulá me sont parvenus dans cette période inédite des confinements successifs où le temps semble figé où les voyages ne sont plus qu'intérieurs... mon ressenti a été immédiat : Il y a adéquation entre sa prose et nos vies bouleversées : ce retour sur soi, la prise de conscience de nos failles et autres fragilités, le besoin de souvenirs, la faillite du matérialisme, cette sensation de présence-absence au quotidien. Tout ce qui caractérise Le peu du monde sera pour reprendre le titre de notre spectacle et d’un ses recueils.

Dire à haute voix un poème de Kikí Dimoulá est un bouleversement intime ! M’approprier sa parole comme si elle était mienne ; me laisser porter par son humanité ; faire confiance à ses bribes de vie, ses instantanés… Voilà de beaux défis pour l’interprète que je suis. Je sais aussi que je ne serai pas seul puisque les mots de Kiki à travers ma voix seront enveloppés par l’univers musical si créatif de Sophia…

« Chez les voisins quelqu’un apprend le piano.

Un débutant, mentalement je lui enseigne

La valeur musicale de ce qui est répété.

 

Cette musique on néglige son écoute

 De même qu’on n’écoute pas le pain

Quand il pétrit notre existence tous les jours

 Et qu’on ne prête jamais attention

A la journée lorsqu’en partant elle nous dit

Je ne sais pas si je viendrai demain.

On ne l’écoute pas, on oublie

 De dire le moindre merci

A cette journée venue pourtant le lendemain

Malgré toutes ces réserves à notre égard. »

Kikí Dimoulá

Faire confiance aux mots….

Faire confiance à la musique qui enveloppe ces mots…

Il me semble que nous pouvons apporter une autre dimension à notre création…

 

En parcourant l’œuvre de Kiki Dimoulá, j’ai été frappé par la présence récurrente de la photographie :

« J’ai beaucoup parlé. Aux gens,

Aux lampadaires. Aux photos. »

 

« Ta main est seule

Dans la nuit carrée de la photo. »

 

« Pas de nouvelles de toi.

Ta photo, stationnaire.

Change au moins

De temps en temps l’eau de mes photographies. »

 

Est-ce si étonnant pour une poétesse nourrie de présence-absence ? La photographie n’est-elle pas un moment figé, le gel à jamais d’un instantané de nos vies ? La photographie s’avère aussi être un contrepoison au manque, un palliatif à la perte… elle peut s’inscrire dans un présent salvateur.

« Depuis le fin fond d’une nostalgie

Je reçois de tes nouvelles :

Te voilà devenu l’habitué

D’une de tes vieilles photographies

Bien en vue dans la tension du papier. »

 

J’ai envie que l’univers artistique d’un photographe plasticien nous accompagne scénographiquement… C’est presque une évidence. Je ne l’imagine pas comme un simple contrepoint sensible à l’imaginaire… »

 


 

Éric Cénat, Metteur en scène et comédien

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Qui était Kiki Dimoula ?

Kikí Dimoulá était la grande voix, la voix majeure de la poésie grecque. Née en 1931, elle impose son univers si personnel, si détaché de toute espérance après les visions du monde lumineux ou combattant de Ritsos, Elytis ou Séféris.

Le temps, l'absence, la mort, le néant sont les constantes d'une thématique très noire, mais incarnées dans des scènes quotidiennes inattendues, éclairées par un art de la métaphore et une invention verbale inouïs. Malgré une construction souvent labyrinthique, un foisonnement d'idées, un vocabulaire audacieux jonglant entre l'ancien, le châtié et l'argotique, cette poésie reste incroyablement proche de l'ordinaire et même parfois du trivial. Ainsi cette pensée poétique, travaillée, parvient à ne plus appartenir exclusivement à un univers culturel particulier. Sa vibration émotionnelle lui donne une résonance universelle.

Cette poésie, en fait, ne ressemble à rien de connu - sinon peut-être aux Metaphysical Poets du XVIIe siècle anglais. Comme eux, et comme tous les explorateur·trices lucides de l'être, Kikí Dimoulá ne craignait pas d'avouer : « Oui l'impossible me suffit ».

« Les poèmes de Kikí Dimoulá ne ressemblent à rien. Peu de poètes donnent cette impression de nouveauté radicale. Cela commence par ses sujets, si étranges — étranges à force de ne pas l'être, infimes le plus souvent, tirés du quotidien le plus banal. Un paysage sans histoire. La pluie. Le mouvement des vagues sur le rivage. Le vent dans les feuilles. Une goutte de sang. En effet : chacun de ses poèmes reprend à neuf, obsessionnellement, l'inventaire de ce qui est perdu, de ce qui n'est plus. La mort d'un mari bien-aimé, qui hante les recueils suivant celui-ci, ne fera que cristalliser cette obsession, la rendre plus vive encore. La perte, la mort, le néant, tout cela parfaitement vrai, mais on pourrait tout aussi bien dire le contraire. Les poèmes de Dimoulá sont grouillants de vie à leur façon. Un torrent d'images les irrigue, le plus souvent inattendues, audacieuses, se chassant par moments l'une l'autre à toute allure. L'humble réalité qu'elles décrivent acquiert une vie intense, presque angoissante, vue à travers ces verres grossissants qui en la métaphorisant la métamorphosent ».

 

Michel Volkovitch, traducteur

Extraits de quelques poèmes

L'amour, substantif,
très substantiel,
nom singulier,
genre ni féminin ni masculin,
genre désarmé.
Au pluriel
les amours désarmé(e)s.

La peur, substantif,
singulier au début
puis pluriel :
les peurs.
Les peurs
devant tout désormais.

La mémoire, nom propre des tristesses,
singulier,
singulier rien d'autre
et invariable.
Mémoire, mémoire, mémoire.

La nuit, substantif,
genre féminin,
singulier.
Pluriel
les nuits.
Les nuits désormais.

 

 

Le Peu du monde suivi de Je te salue Jamais       Éditions Gallimard 2010

Je ne dors pas, je ne dors pas,        

j'aide la nuit à s'agrandir,

à s'élargir, à effacer les petites lumières, parasites.

 

Je ne dors pas, je ne dors pas,

J’exerce de noirs c’est exclu

Je lance des c’est exclu exercés

qui déchirent quelques dernières étoiles

 

Je ne dors pas, je ne dors pas,

je change de sexe, deviens minuit.

Où me mèneras-tu,  abattement,

je te retrouverai quelque part

puisque j'ai prêté serment d'insomnie.

Mes doses de somnifères

dorment comme des anges               

et mon cerveau qui veille

les berce tout doucement.

 

Je ne dors pas, je ne dors pas,  

j'aide la nuit à s'agrandir,

j'écris des slogans aux murs des rêves

à bas les levers du jour des élevages de poules,

à bas les magouilles des espérances

et on vous construira des maisons

et on vous fera des routes

et on vous apportera la pluie

et du vent, et du vent.

 

Je ne dors pas, je ne dors pas,

j'attends un dernier vieux fond d’obscurité

pour entrer chez le devin Calchas.

Je vais le tuer.

Il m'a plongée dans tout un sacrifice  

pour que tu respires.

Mais toi, insomnie, tu te niches  sur chaque prophétie

en prenant bien ton temps.

 

 

Le Peu du monde suivi de Je te salue Jamais Éditions Gallimard 2010

Calendrier de Résidences

Du 05 décembre 2022 au 16 décembre 2022 à la Scène nationale, Orléans (45)

Du 27 novembre 2022 au 02 décembre 2022 au Centre Culturel Tchèque, Paris (75)

Du 14 mars 2022 au 19 mars 2022 à la Scène nationale, Orléans (45)

Du 21 février 2022 au 26 février 2022 à la Scène nationale, Orléans (45)

Dates à venirs

Vendredi 02 décembre 2022 en avant-première au Centre Culturel Tchèque de Paris (75)

Vendredi 16 décembre 2022 CRÉATION à la Scène nationale, Orléans (45)

Vendredi 17 mars 2023 à la Fondation Theocharokis, Grèce

Samedi 01 avril 2023 à l'Institut français de Thessalonique, Grèce

Lundi 03 avril 2023 à l'Institut français d'Athènes, Grèce

Vendredi 28 avril 2023 au Théâtre de la Bohème de l'Est, République Tchèque

 

 

 

Equipe artistique

Poèmes - Kiki Dimoula

Traduction - Michel Volkovitch

Mise en scène et interprétation - Éric Cénat

Collaboration artistique - Claire Vidoni

Composition et interprétation - Sophia Alexandrou

Scénographie, Images animées - Vojtech Janyška

Piano,Voix - Sophia Alexandrou

Création lumières - Vincent Mongourdin

Soutiens

La Ville d'Orléans / Centre-Val-de-Loire

La Scène nationale d'Orléans / Centre-Val-de-Loire

Le Centre Tchèque de Paris / Participe au dialogue culturel et artistique franco-tchèque et promeut la culture tchèque en France.

La Fondation B&M Theocharakis / Centre culturel et musée qui a pour mission, entre autres, d'introduire les enfants et le jeune public aux beaux-arts et à la musique.

La Communauté Hellénique de Paris / Association qui œuvre au développement de l'amitié Franco-hellénique, et favorise la culture hellénique auprès du public français et grec.