Germaine Tillion : la mémoire et la raison

Conception et interprétation : Claire Vidoni

 

« C’est en lisant la troisième et ultime version de son ouvrage sur Ravensbrück que j’ai découvert Germaine Tillion. Je fus d’emblée frappée par sa volonté de relater les terribles moments qu’elle avait traversés dans un souci d’objectivité, sans aucun doute induit par ses qualités d’ethnologue. Cette impossibilité de séparer l’étude objective de son vécu personnel me fît apparaître son œuvre à la fois comme un témoignage précieux et émouvant, tout en préservant les faits dans leur dimension purement historique.

 

« Il me semble de plus en plus que pour discourir sur les sciences humaines, l’érudition pure ne peut suffire, et qu’une expérience vécue, profonde et diverse constitue l’indispensable substrat de la connaissance authentique de notre espèce ; il n’est que de vivre pour se convaincre que les événements vécus sont la clé des événements observés » expliquera-t-elle plus tard.

A sa magnifique empathie envers le genre humain, viennent s’ajouter son sens de l’humour, doublé d’un remarquable courage : Dans l’horreur de Ravensbrück, elle trouve en effet l’énergie d’écrire au péril de sa vie, alors qu’elle est cachée par ses camarades au fond d’une caisse d’emballage, une opérette qu’elle intitulera : « Le verfügbar aux enfers ».

Une telle femme mérite que l’on se penche sur son expérience et ses écrits qui forment une seule et même œuvre : celle de sa propre vie.

 

Ses travaux d’ethnologue l’ayant conduite à étudier de très près la population Chaouïa des Aurès lors de plusieurs missions avant que la France ne soit occupée par les troupes Allemandes en 1940, elle y retournera en 1954, puis de nouveau en 1957. Là, elle prendra conscience avec toute la lucidité qu’on lui connaît de l’ampleur que prend l’usage de la torture en Algérie.

Il est donc très difficile de scinder l’existence de Germaine Tillion en plusieurs compartiments, mais j’aimerais mettre en place une lecture publique des divers textes et témoignages qu’elle nous a laissés,  couvrant les années de Guerre aux cours desquelles elle entrera en résistance, sera emprisonnée à la prison de la Santé, puis à Fresnes, et sera déportée au camp de Ravensbrück.

Plus tard, les horreurs de la guerre d’Algérie la ramèneront inévitablement à sa douloureuse expérience des camps, mais Germaine Tillion n’aura plus jamais le même regard sur l’humanité ; En Algérie , elle réalise que son peuple peut lui aussi se transformer en bourreau, ce qui lui fera dire : « Entre 1939 et 1945, j’ai cédé comme beaucoup à la tentation de formuler des différences, des mises à part, « ils » ont fait ceci, « nous » ne le ferions pas… Aujourd’hui, je n’en pense plus un mot, et je suis convaincue, au contraire, qu’il n’existe pas un peuple qui soit à l’abri d’un désastre moral collectif ».

C’est toute la  complexité de cette existence, si riche en expériences et en questionnements,  que je veux mettre en avant dans la lecture que je propose de créer.

 

Cette lecture pourra être ponctuée par les analyses effectuées par Tzvetan Todorov (et avec l’accord de ce dernier), autour de l’œuvre de Madame Tillion, ainsi que par des extraits d’interviews grâce auxquelles le public pourra entendre la voix de cette femme hors du commun. » Texte de Claire Vidoni

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