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Si tu veux que je vive
Lucie et Alfred Dreyfus

Création 2024lecture théâtralisée
Création 2025 - spectacle



 

"La vérité est en marche ; rien ne peux plus l'arrêter."
Emile Zola

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L’affaire Dreyfus éclate dans une période où le contexte social et politique est marqué par une montée du nationalisme et de l’antisémitisme. C’est dans ce climat que le capitaine Alfred Dreyfus de confession juive, est accusé de fournir des informations aux autorités allemandes. Entre la dégradation militaire et la violence de la foule, il peut compter sur le soutien inébranlable de sa femme Lucie, qui lutte quotidiennement pour faire triompher la vérité. Sur le chemin de son combat, elle rencontre Séverine une journaliste féministe et libertaire qui lutte à ses côtés pour que justice soit rendue.

L’Affaire Dreyfus : Les faits

 

À la fin du XIXème siècle, le régime politique de la France déjà instable, est marqué par le traumatisme de l’annexion de l’Alsace et de la Moselle par l’Allemagne (1871). Dans le même temps, l’armée connaît des mutations profondes et l’activité de contre-espionnage s’organise. C’est dans ce contexte qu’en septembre 1894, l’officier Hubert-Joseph Henry fait passer à ses supérieurs une lettre retrouvée à l’Ambassade d’Allemagne qui laisse entendre qu’un officier français lui livre des renseignements. Le capitaine Alfred Dreyfus, de confession juive est immédiatement soupçonné sur la base d’une ressemblance d’écriture.  Il est convoqué rapidement et sans motif au ministère de la Guerre où il est soumis à une dictée.  Protestant de son innocence, il est incarcéré à la prison du Cherche-Midi à Paris, alors qu’une perquisition est effectuée à son domicile.

 Même si le vide du dossier apparaît clairement lors des audiences et qu’aucun mobile sérieux ne ressort de l’accusation, la théorie selon laquelle Dreyfus aurait imité sa propre écriture, appuyée par des documents illégaux reçus par juges, les confortent dans leurs convictions. L’accusé est déclaré coupable et condamné à la déportation perpétuelle, à la destitution de son grade et à la dégradation.

En novembre 1897, le frère d’Alfred Dreyfus, Mathieu dénonce, dans une lettre adressée au Ministre de la Guerre, le Commandant Esterhazy comme véritable auteur du « bordereau ». Le procès du Commandant Esterhazy s’ouvre en janvier 1898 et il est acquitté dès le lendemain provoquant la révolte et l’indignation des intellectuels dont Émile Zola qui publie à la une de L’Aurore, son article « J’accuse » en forme de lettre ouverte au Président de la République. Poursuivi pour diffamation, il permet un nouveau débat public sur les Cas Dreyfus et Esterhazy. Obtenant ainsi la révision de son procès en 1899, le Conseil de Guerre déclare une nouvelle fois, Alfred Dreyfus coupable de haute trahison et le condamne à dix ans de réclusion. Pourtant il est gracié le 19 septembre 1899 par le président Émile Loubet et sortira de prison deux jours plus tard. C’est seulement en 1906 qu’Alfred Dreyfus est reconnu pleinement innocent des crimes dont on l’avait accablé.

Il meurt le 12 juillet 1935 à l’âge de 73 ans.

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Un duo de femme

Lucie Dreyfus

 

Lucie Dreyfus-Hadamard, est fille d’un négociant en diamant à Paris, mariée à Alfred en 1890, elle s’investit dans son combat pour faire reconnaître l’innocence d’Alfred dès son arrestation. Elle tient tête à l’Armée notamment lors de la perquisition de son domicile. Les quelques rencontres qu’elle a avec son époux à la prison de Cherche-Midi ont lieu dans des conditions difficiles mais elle tient bon et parvient à lui envoyer des livres et de l’argent tout à long de son séjour à l’Île du Diable. Elle entretient avec lui, une longue et riche correspondance, du Cherche-Midi à Rennes en passant par l’Île du Diable. C’est elle qui obtient de son époux qu’il ne mette pas fin à ses jours :

 

« Après ma condamnation, j’étais décidé à me tuer, j’étais décidé à ne pas aller à ce supplice épouvantable d’un soldat auquel on allait arracher les insignes de l’honneur ; eh bien si j’ai été au supplice, je puis dire ici, c’est grâce à Mme Dreyfus qui m’a indiqué mon devoir et m’a dit que si j’étais innocent pour elle et pour mes enfants je devais aller au supplice la tête haute ! Si je suis ici, c’est à elle que je le dois. » (Elisabeth Weissamn, Lucie Dreyfus la femme du capitaine, Textuel, Paris, 2015).

A 25 ans, elle témoigne au procès de Zola, adresse une pétition à la Chambre suite aux révélations d’innocence de son mari, envoie une supplique au Pape. Confrontée à la légende des aveux de son époux, elle adresse une dépêche à l’Agence nationale. C’est également elle qui signe, pour son mari, les actes décisifs qui conduiront à la révision de son procès. Ces tentatives vont cristalliser les soutiens autour d’elle. C’est pour cette dernière que le quotidien féministe La Fronde, a pris fait et cause dès son premier numéro et lance à travers la plume de la journaliste Séverine, un Appel aux femmes (25-28 mars 1898).

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Séverine

 

Caroline Rémy, fille de fonctionnaire, connaît une enfance triste et solitaire. Après la Commune de Paris, elle doit choisir : devenir institutrice ou se marier. Pour conquérir son indépendance, elle prend le parti d’épouser en 1872, Henri Montrobert ; employé de gaz, que lui présenta son père. Ayant vécu sa nuit de noces comme un viol, elle accoucha, en 1873, d’un fils qu’elle ne revendiquera pas et retournera chez ses parents, obtenant la séparation de corps et de biens d’avec son mari.

 

En 1879, elle rencontre Jules Vallès. Elle le seconda dans son travail journalistique et littéraire, corrigea ses chroniques et se lia d’amitié avec lui. Après l’édition parue sous la Commune, elle refit paraître avec Vallès Le Cri du peuple, et signa une chronique sous le pseudonyme de « Séverine ». Elle dirigea le journal après la mort de Vallès en 1885, mais dut le quitter suite à un différend avec les autres rédacteurs, qu’elle jugeait sectaires.  Elle collabora à de nombreux journaux, le Gaulois, l’Éclaire, au Gil Blas du moment qu’elle put écrire ce qu’elle voulait.

 

 À la fin du XIXe siècle, son engagement en faveur de Dreyfus lui ferma les portes de grands journaux pour beaucoup anti-dreyfusards. Elle se rapprocha des féministes et créa La Fronde avec Marguerite Duval, premier quotidien entièrement conçu par des femmes et y exprima ses convictions, notamment son combat pour la révision du procès de Dreyfus et ce jusqu’à l’arrêt de sa publication en 1905.​ Libertaire et féministe, elle fut l’une des premières femmes journalistes et mourut en 1929. À sa mort, Le Libertaire du 1er mai 1929 lui rendit hommage en ces termes : « Elle était pour nous, anarchistes, une grande amie, une camarade. Séverine était libertaire, plus d’instinct sans doute que d’idées, mais elle était des nôtres ».

Extraits

Alfred Dreyfus à sa femme Lucie, à la prison du Cherche-Midi,

4 décembre 1894

Ma chère Lucie, enfin je puis t’écrire un mot. On vient de me signifier ma mise en jugement. On me refuse le droit de te voir. Moi, accusé du crime le plus monstrueux qu’un soldat puisse commettre ! Encore aujourd’hui, je me crois le jouet d’un horrible cauchemar. Mais j’espère en Dieu et en la justice, la vérité finira bien par se faire jour. Je ne suis pas parfait. Quel homme peut se vanter de l’être ? Mais ce que je puis assurer, c’est que j’ai toujours marché dans la voie du devoir et de l’honneur. Jamais je n’ai eu de compromis avec ma conscience sur ce sujet. Jamais je n’ai fléchi la tête. J’ai toujours fait mon devoir. (…) J’ai été accablé, atterré dans ma prison sombre, en tête à tête avec mon cerveau j’ai eu des moments de folie farouche, j’ai même divagué, mais ma conscience veillait. (…)

Écris-moi souvent, écris-moi longuement. Tu es mon espoir. Tu es ma consolation. Je t’embrasse mille fois comme je t’aime, comme je t’adore, ma Lucie chérie. Mille baisers aux enfants.

Ton Alfred.

Lucie Dreyfus à son marie Alfred à Paris,  

23 décembre 1894

Quel malheur, quelle ignominie ! Nous en sommes tous terrifiés, anéantis. Je t’en supplie, mon pauvre Alfred chéri, supporte encore vaillamment ces nouvelles tortures.

Notre vie, notre futur à tous sera sacrifié à la recherche du coupable. Nous le trouverons, il le faut. Tu seras réhabilité. Nous avons passé cinq années de bonheur absolu. Vivons sur ce souvenir ; un jour justice se fera et nous serons encore heureux. Tes enfants t’adoreront ! Nous ferons de ton fils un homme tel que toi, je ne pourrais lui choisir de plus bel exemple.

Et sois certain d’une chose, mon adoré, c’est que je te suivrai si loin qu’on t’enverra. Je ne sais si la loi m’autorise à t’accompagner, mais elle ne peut m’empêcher de te rejoindre et je le ferais.

(…) Partout où tu iras, où l’on t’enverra, je te suivrai ; à deux nous supporterons plus facilement l’expatriement, nous vivrons l’un pour l’autre ; nous élèverons nos enfants ; nous leur donnerons une âme bien trempée contre les vicissitudes de la vie

Ta Lucie.

Equipe artistique

Texte : Marie-Neige Coche & Joël Abadie

Mise en scène : Eric Cénat

Jeu : Joël Abadie, Laura Segré-Cénat, Claire Vidoni

Scénographie & costumes : Charlotte Villermet

Création lumières : Vincent Mongourdin

Création sonore : Christophe Séchet

Résidences à venir

26 au 30 août 2024 - SACD, Paris (75)

Du 27 au 30 janvier 2025 - ECUJE, Paris (75)

Du 10 au 14 février 2025 - Espace Béraire, La Chapelle Saint-Mesmin (45)

Du 18 au 30 août 2025 - TGP de Meaux (77)

Dates à venir

Création - 28 novembre 2024, Centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin (77)

18 mars 2025, Le Bouillon - Université d'Orléans La Source (45)​

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