Rumeur 

Orléans, Printemps-été 1969

Résidence d'écriture de Luc Tartar

De tout temps, la rumeur

 

La rumeur court à travers l’espace et le temps. D’autres terribles rumeurs ont bouleversé leur époque et sont arrivées jusqu’à nous. Souvenons-nous des sorcières de Salem. En 1692-1693, dans le Massachussets, trois jeunes filles sont accusées de sorcellerie et se défendent en accusant à leur tour d’autres femmes. L’affaire se terminera tragiquement, avec la pendaison d’une vingtaine de personnes.

Aujourd’hui, on ne compte plus les fake news, infox, intox... qui encombrent les réseaux sociaux et pourrissent l’espace du débat.

 

D’où vient que la rumeur a tant de pouvoir sur les gens ?

Comment expliquer cette attirance pour l’irrationnel ?

 

On le voit, la raison n’a pas de prise sur la rumeur et c’est un véritable vertige qui nous saisit toutes et tous, les unes les uns d’imaginer être le jouet de forces complotistes, les autres de constater le succès des théories les plus absurdes.

La rumeur d'Orléans, une rumeur à caractère antisémite

"Qui n’a pas entendu parler de ces prétendues disparitions de jeunes filles dans les cabines d’essayage de magasins de vêtements d’Orléans en 1969 ? La rumeur est venue jusqu’à nous, a contaminé d’autres villes, s’est inventée des variantes. On ne sait s’il faut rire ou pleurer à l’évocation de l’enlèvement de ces jeunes filles via les souterrains d’Orléans jusqu’à un sous-marin mouillant dans la Loire... Cette fascination des gens pour l’inconcevable intrigue l’auteur que je suis. Mais le déclic s’est produit en moi lorsque j’ai découvert le caractère antisémite de la rumeur d’Orléans, qui désignait les commerçants juifs de la ville comme les instigateurs de cette “traite des blanches”.

J’habite à Drancy. Je passe chaque jour devant ces immeubles qui ont abrité le camp de transit de Drancy et presque chaque jour devant la gare de Bobigny. Quelque chose s’inscrit en moi à chacun de ces passages, la trace d’une douleur, la marque de l’impensable. J’ai fréquenté le Mémorial de la Shoah, son centre de documentation. J’ai envisagé de consacrer du temps à des recherches, en vue d’écrire un jour une pièce de théâtre autour de la Shoah ou de l’antisémitisme. Je n’ai pu mener ce projet à bien, faute de temps et faute de circonscrire mon sujet.

La rumeur d’Orléans est pour moi aujourd’hui la porte d’entrée dans ce projet d’écriture. Elle éveille doublement mon intérêt, de par son caractère antisémite et parce qu’au cœur de cette rumeur, on retrouve comme bien souvent, les adolescents." Luc Tartar

Les adolescent·es comme premières victimes

"Depuis plusieurs années j’écris des pièces de théâtre qui s’adressent aux adolescents, à leurs parents et à leur entourage. J’ai travaillé sur différentes thématiques, le harcèlement scolaire.

Aborder le thème de la rumeur, c’est de nouveau m’intéresser aux fragilités adolescentes, aux fantasmes collectifs, aux menaces et interdits parfois brandis par les adultes, à ce monde abîmé qu’on leur laisse en héritage.

À Orléans, ce sont des jeunes filles qui “disparaissent”. Cet “effacement” du corps de la jeune fille est révélateur du trouble de l’époque  face à l’émancipation des femmes et à leur revendication d’une place dans la société. Beaucoup de choses ont changé dans les rapports filles-garçons depuis cinquante ans, mais la crise économique, environnementale et sociale actuelle facilite le surgissement de nouvelles tensions et le retour des rumeurs les plus folles. Qu’ils soient l’objet de ces rumeurs ou qu’ils en soient à l’origine, les adolescents en sont les premières victimes, en 1969 comme en 2020.

Écrire sur la rumeur d’Orléans, c’est bien sûr la mettre en perspective et la relier à toutes ces rumeurs contemporaines et autres thèses complotistes circulant sur les réseaux sociaux, c’est interroger ce qui est au cœur de l’adolescence et qui ne cesse de m’interpeler, la relation entre l’individu et le groupe, le rejet et l’attirance de l’autre, le surgissement du cauchemar en pleine réalité, la peur d’un monde qui vacille et la prise à bras-le-corps d’une violence à tout faire péter.

Ma responsabilité d’écrivain de théâtre est de ne pas laisser les adolescents seuls face à la violence du monde, en mettant des mots de théâtre sur cette violence, ce qui est une façon de la questionner et de la combattre." Luc Tartar

Du lundi 24 mai au vendredi 18 juin 2021

 

Mardi 1er juin - Participation à la Journée des Écritures Contemporaines pour la Jeunesse avec des élèves de l'école de Villemurlin. Informations

Jeudi 3 juin à 15h30 - Rencontre avec les adhérent·es du centre de l'Aselqo Bourgogne à Orléans. Informations

Vendredi 4 juin à 15h - Participation au côté d'Aline Baudu (Asso. Chapitre 2) à une émission autour du livre et de la jeunesse de Radio Campus dans le cadre du projet Écoute ta ville. Informations 

Jeudi 10 juin à 18h30 - Rencontre et lecture d'extraits au CDN Orléans / Centre-Val de Loire à l'occasion de la sortie de son dernier roman "Clémence" (Éd. Infimes). Informations

Calendrier de la résidence

Du mercredi 29 septembre au jeudi 09 décembre 2021

 

Ateliers d'écriture avec les personnes détenues au Centre Pénitentiaire d'Orléans-Saran​, une classe de collège et une classe de lycée de la Métropole d'Orléans. 

Rencontre et lecture d'extraits au CDN Orléans / Centre-Val de Loire autour de l'oeuvre de Luc Tartar en direction de la jeunesse mais aussi en résonance avec celle-ci.

Mercredi 8 décembre 2021 - Lecture théâtralisée du texte de Luc Tartar par des comédien·nes du Théâtre de l'Imprévu au Centre Pénitentiaire d'Orléans-Saran

Jeudi 9 décembre 2021 - Lecture théâtralisée du texte de Luc Tartar par des comédien·nes du Théâtre de l'Imprévu au CDN Orléans / Centre-Val de Loire

Partenaires de la résidence d'écriture

 

Bibliothèques de Montreuil / Direction de la Culture et de la Communauté d'Agglomérations Est Ensemble

Centre ASELQO Bourgogne

Centre Dramatique National d'Orléans / Centre-Val de Loire

Centre Pénitentiaire d'Orléans-Saran / Service Pénitentiaire d'insertion et de probation du Loiret / Ministère de la Justice

CERCIL / Musée-Mémorial des Enfants du Vel d'Hiv à Orléans / Centre d'Étude et de Rechcerche sur les Camps d'Internement du Loiret

CICLIC / Agence régionale du centre pour le livre, l'image et la culture numérique dans le cadre d'une résidence d'écriture

Conseil Départemental d'Eure-et-Loir / Dans le cadre d’une résidence-mission dans un collège pour l’année scolaire 2021-2022 autour de la rumeur : “Le collège comme lieu de développement de l’Esprit Critique“

Éditions Infimes et Lansman


Le 108 - Maison Bourgogne à Orléans


Librairie Les Temps Modernes


Théâtre de la Tête Noire à Saran / Festival Text’Avril

Université d’Orléans

Ce texte n'est pas une commande d'écriture,

c'est le résultat d'une rencontre

entre un metteur en scène et un auteur,

qui se suivaient mutuellement et qui se sont réellement (re)trouvés autour d'un projet commun

La Rumeur d'Orléans.

Le Théâtre de l'Imprévu souhaite porter à la scène cette œuvre et y associer son auteur jusqu'à la création dans une étroite relation avec l'ensemble de l'équipe artistique et technique.

Équipe artistique

Texte - Luc Tartar

Mise en scène - Éric Cénat 

Scénographie et costumes - Charlotte Villermet

Création lumière - Vincent Mongourdin

Création sonore - Christophe Sechet

Période de répétitions / Sept->Décembre 2022

Création / Janvier->Mars 2023

Partenaires / Production en cours